Organes d’État à La Rochelle : cinquante-trois spectateurs et une question digne de Socrate

Le vendredi 2 octobre 2026, le cinéma CGR Dragon de La Rochelle a projeté le documentaire Organes d’État, à l’invitation de l’association Cœur de Jade Blanc. Médecins, militants, étudiantes : le public a posé la question que Pékin préfère ne pas entendre.

Un vendredi soir d’octobre, le CGR Dragon propose six salles. Cinquante-trois personnes ont choisi celle où l’on parlait de prélèvements forcés d’organes.

Organes d’État (State Organs en version originale), réalisé par Raymond Zhang, suit deux familles chinoises qui cherchent pendant vingt ans leurs proches disparus et découvrent, selon le film, un système de prélèvements organisé par l’État, relié à la persécution du Falun Gong lancée en 1999 (présentation du film). Après avoir circulé dans des salles de l’Ouest et du Sud de la France ainsi qu’en Guadeloupe, il avait donc rendez-vous à La Rochelle.

Un public venu de plusieurs horizons

Dans la salle : des membres de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) et d’Amnesty International, des médecins, et un groupe de six étudiantes de la faculté des lettres, langues, arts et sciences humaines (FLLASH) de La Rochelle Université. L’une d’elles a trouvé le film très bien réalisé et a dit y avoir appris beaucoup de choses. Les organisateurs l’ont remerciée, elle et ses camarades : venir voir un documentaire aussi dur un vendredi soir demande plus de cran que d’aller voir un film d’action.

Le président de l’ACAT a pris la parole pour féliciter les organisateurs. Une représentante d’Amnesty a insisté sur l’importance de faire remonter ces informations jusqu’au public.

La question de Jean Allais

Dans le message envoyé après la séance, Jean Allais, de l’ACAT, écrit qu’au-delà de l’atteinte aux droits humains, il a « entrevu l’âme du mouvement Falun Gong ». Il rapproche cette spiritualité de celle de son association, dont l’action puise dans la prière et la méditation et se fonde sur le « respect de toute vie, même celle des bourreaux et de leurs donneurs d’ordre ». Puis il pose cette question :

« Pourquoi ont-ils peur, alors que ce mouvement prône la bonté, l’attention aux autres, le respect du corps et de la nature ? »

La question a l’air simple. Socrate en posait de pareilles sur l’agora, et elles dérangeaient beaucoup. Reprenons donc le dialogue. Un pouvoir qui dispose d’un appareil de sécurité aussi vaste peut-il sérieusement redouter des gens qui enseignent la bonté ? S’il n’a rien à craindre d’eux, pourquoi les surveiller, les emprisonner, les faire taire ? Et s’il les craint, qu’est-ce que cela dit de lui ?

Jean Allais avance une réponse : les dirigeants voudraient être dans le cœur des gens, alors qu’ils règnent « par le mensonge, la terreur par la violence jusqu’au meurtre ». Ils voudraient être vénérés et aimés. On ne l’obtient pas ainsi, et il faut croire que la leçon n’a pas été apprise.

Socrate a fini par payer ses questions de sa vie, ce qui rappelle qu’exercer son droit le plus élémentaire à la liberté de penser et de conscience n’a jamais été sans risque. 

Ce que disent les instances indépendantes

Le film présente une thèse que Pékin dément. Elle s’appuie toutefois sur des travaux et des alertes extérieurs à la salle. En juin 2021, des experts des droits de l’homme des Nations unies se sont déclarés « extrêmement alarmés » par des informations faisant état de prélèvements d’organes présumés visant des minorités détenues en Chine, parmi lesquelles des pratiquants du Falun Gong. En 2019, le China Tribunal, présidé par Geoffrey Nice, concluait à l’unanimité, « au-delà de tout doute raisonnable », que des prélèvements forcés d’organes sur des prisonniers de conscience se pratiquent depuis des années en Chine, les pratiquants du Falun Gong étant, selon lui, une source d’organes et probablement la principale.

Une pétition signée avant de quitter la salle

À la sortie, les spectateurs, bouleversés, ont signé la pétition G7+7 contre les prélèvements forcés d’organes, lancée en juillet 2024 par DAFOH et ETAC (Doctors Against Forced Organ Harvesting et International Coalition to End Transplant Abuse in China). A ce jour, elle a atteint les  784 397 signatures fin 2025. Elle demande notamment une déclaration commune des gouvernements condamnant la pratique, la suspension de toute coopération en matière de transplantation avec la Chine tant que la fin de la pratique n’est pas vérifiée de façon indépendante, et des auditions parlementaires annuelles.

Les spectateurs se sont dits déterminés à en parler autour d’eux pour que le plus grand nombre signe en ligne sur fohpetition.org.

La suite

Plusieurs contacts importants ont été noués ce soir-là, et une collaboration se met en place pour des événements à venir.

Pékin n’a toujours pas répondu à la question de Jean Allais. Elle sera reposée, autant de fois qu’il le faudra. Socrate n’a jamais été à court de patience.