Irlande : Des diplomates de Pékin ont tenté de censurer la participation du Falun Gong à un défilé local 

Extrait de l’édition papier de The Irish Times du 2 septembre 2026

Extrait de l’édition papier de The Irish Times du 2 septembre 2026

Une ambassade accréditée a demandé à une ville irlandaise d’exclure une minorité religieuse d’un défilé public. Il s’agit de la troisième intervention de ce type recensée en 2026, et de la preuve la plus claire à ce jour que, dans la campagne menée contre le Falun Gong, l’acteur principal n’est pas un réseau de mandataires, mais le propre service diplomatique de l’État chinois. 

La majeure partie de la répression transnationale (TNR) est conçue pour ne pas être découverte. Elle passe par des postes de police non enregistrés, des intermédiaires engagés à cette fin, des comptes anonymes et des organisations communautaires dont les autorités peuvent se désolidariser. Les travaux d’analyse ont, dans une large mesure, suivi cette logique, en se concentrant sur les canaux clandestins et susceptibles d’être niés. 

La correspondance publiée par The Irish Times le 2 septembre 2026 décrit tout autre chose. Elle documente une mission diplomatique accréditée de la République populaire de Chine (RPC) qui, dans un courrier officiel émanant du bureau de l’ambassadeur, s’est adressée à une autorité publique irlandaise pour lui demander d’exclure un groupe de personnes d’un événement civique en raison de leurs convictions. 

Il n’y a ici aucun mandataire pour dissimuler l’identité de l’auteur. L’État a signé en son propre nom. 

Ce que révèle le dossier de Galway 

Les faits, tels qu’ils ont été rendus publics en vertu de la loi irlandaise sur la liberté d’information et rapportés par Dara Bradley, sont clairement délimités et d’une netteté inhabituelle. 

Le 13 mars 2026, quatre jours avant le défilé de la Saint-Patrick à Galway, l’assistant personnel de l’ambassadeur de Chine en Irlande a envoyé un courriel au conseil municipal de Galway. L’ambassade, située sur Ailesbury Road à Dublin, a exprimé de « graves préoccupations » au sujet de la participation de pratiquants de Falun Gong au défilé du 17 mars et a fait pression pour qu’ils en soient exclus.

Trois caractéristiques de ce courriel méritent l’attention de quiconque cherche à établir une typologie de l’ingérence étatique. 

Premièrement, la demande a été dissimulée derrière une communauté locale. L’ambassade ne l’a pas présentée comme émanant de Pékin. Elle a indiqué avoir été sollicitée par la communauté chinoise de Galway, qui éprouvait un profond malaise face à la participation du Falun Gong. Cela transforme une instruction de l’État en ce qui apparaît comme une doléance d’une communauté minoritaire, et place le responsable auquel elle est adressée dans la position de sembler passer outre la volonté des habitants locaux plutôt que de refuser la demande d’un gouvernement étranger. 

Deuxièmement, le droit interne chinois a été invoqué de manière extraterritoriale. L’ambassade a indiqué au conseil municipal que le gouvernement chinois avait interdit le Falun Gong en tant que secte, au motif qu’il nuisait à l’ordre social et à la santé publique, que cette interdiction faisait suite aux activités criminelles du groupe et que son interdiction était conforme à la volonté du peuple chinois. Or, ces arguments n’ont aucune valeur juridique dans le comté de Galway. Ils ont pourtant été présentés comme s’ils en avaient. 

Troisièmement, l’appel a été formulé dans les propres termes du pays d’accueil. L’ambassade a fait valoir qu’une célébration destinée à honorer la culture irlandaise et l’unité de la communauté constituait un cadre inapproprié pour le groupe, et que la présence d’une telle secte portait directement atteinte aux traditions irlandaises du défilé. Un État étranger a dit à une ville irlandaise ce qu’exige l’identité irlandaise. 

La réponse du conseil municipal est la partie qui mérite d’être portée à l’attention des législateurs, car elle constitue un modèle de ce à quoi ressemble la résistance lorsqu’elle repose sur des procédures plutôt que sur la rhétorique. 

Les responsables municipaux ont consulté la Garda (la police irlandaise) à Galway, qui n’a soulevé aucune préoccupation en matière de sécurité. Une note interne indiquait qu’Amnesty International avait identifié le Falun Gong parmi les groupes victimes de harcèlement et d’emprisonnement en Chine en raison de leur pratique religieuse, et y joignait des documents à l’appui. Derek Pender, directeur des services du conseil municipal, a ensuite répondu que le groupe de pratiquants de Falun Gong avait déposé la demande requise et avait été approuvé conformément aux lignes directrices et aux procédures établies pour le défilé, et que sa participation se poursuivrait sur cette base. 

Aucune condamnation, aucune note diplomatique, aucune escalade. Une instance publique s’est simplement appuyée sur ses propres règles publiées pour statuer sur la demande du groupe et l’a confirmé par écrit. 

L’Association Falun Dafa d’Irlande lors du défilé de la Saint-Patrick à Galway, le 17 mars (Minghui)

Les pratiquants ont défilé le 17 mars. L’Association Falun Dafa d’Irlande, qui participe aux défilés en Irlande depuis 15 ans, a déclaré que cela ne l’avait pas surprise. L’ambassade de Chine n’a pas répondu aux demandes de la presse.

Un autre point doit être relevé : cette affaire n’est devenue publique que près de six mois après les faits, et uniquement parce qu’un journaliste en a demandé la communication. Rien dans les mécanismes propres à l’affaire n’aurait jamais permis que cela soit révélé. 

Deux autres cas au cours de la même période

Galway n’est pas un cas isolé en 2026. Il s’agit du troisième cas documenté cette année où une mission diplomatique chinoise est intervenue auprès d’une institution locale au sujet d’un événement lié au Falun Gong — et, dans chaque cas, c’est la mission elle-même qui est intervenue, et non un intermédiaire. 

Capture d’écran de l’en-tête du courriel du service culturel de l’ambassade de Chine à Paris adressé au cinéma Gulf Stream (association Cœur de Jade Blanc)

La Baule-Escoublac, France, 16 janvier. À 12 h 22 cet après-midi-là, le service culturel de l’ambassade de Chine à Paris a envoyé un courriel au cinéma Gulf Stream, sur la côte atlantique française. L’objet du courriel annonçait l’opposition de l’ambassade à une projection de State Organs (Organes d’État), un documentaire sur les prélèvements forcés d’organes en Chine, prévue à 20 h 30 ce soir-là. Un préavis d’environ huit heures.

Une copie du courriel, adressé à la direction du cinéma, a été remise au Falun Dafa Information Center (Centre d’information du Falun Dafa) par Cœur de Jade Blanc, l’association qui avait organisé la projection. Le Centre a examiné le message dans son intégralité ; il en rend compte ici sans le reproduire. 

Mis en regard du courriel de Galway, le mécanisme est le même et la demande est plus importante. 

Elle a commencé par délégitimer le film : le documentaire était présenté comme une opération de désinformation fondée sur des accusations fabriquées de toutes pièces, destinée à tromper le public français et à servir un agenda politique dissimulé. Elle s’en est ensuite prise à l’organisatrice, l’association Cœur de Jade Blanc, qu’elle présentait comme directement liée au Falun Gong, caractérisé comme une organisation sectaire dont les pratiques d’extrême manipulation mentale étaient documentées. Elle a invoqué le droit interne chinois exactement comme l’ambassade de Chine à Dublin allait le faire plus tard : le gouvernement avait interdit l’organisation en 1999 pour protéger sa population et l’ordre social. 

Vint ensuite la demande. L’ambassade a exhorté le cinéma non seulement à annuler immédiatement la projection, mais aussi à renoncer à toute coopération présente et future avec l’organisatrice — et a mis en garde le cinéma contre le fait de laisser son établissement être associé, même indirectement, à un tel groupe. 

Il s’agit d’une demande de boycott permanent, adressée par écrit à un cinéma indépendant par le service culturel d’une mission diplomatique. Elle va au-delà de tout ce que contient le dossier de Galway. 

Dans l’après-midi, l’ambassade avait encore fait monter la pression à deux reprises — en téléphonant directement au cinéma, puis en contactant la mairie. Le maire, Franck Louvrier, a refusé d’annuler la projection. 

Après avoir regardé Organes d’État, les spectateurs ont discuté et signé la pétition G7+7. (Association Cœur de Jade Blanc)

Trois agents armés en gilet pare-balles se tenaient dans le hall tandis que 68 personnes regardaient le film. Celui-ci était présenté par Bruno Merlin, de l’association Cœur de Jade Blanc, et par le Dr Harold King, directeur adjoint de Doctors Against Forced Organ Harvesting (DAFOH – Médecins contre les prélèvements forcés d’organes), une organisation de médecins nommée pour le prix Nobel de la paix en 2016. Be Hai, rescapé d’un camp de travail chinois, a ensuite témoigné.

Après la projection, les spectateurs ont signé la pétition G7+7, une campagne menée par DAFOH et l’International Coalition to End Transplant Abuse in China (ETAC – Coalition internationale pour mettre fin aux abus en matière de transplantation en Chine), qui appelle les gouvernements des pays du G7 et de sept autres États à agir contre les prélèvements forcés d’organes en Chine. À la mi-2026, elle avait recueilli plus de 600 000 signatures dans le monde. Le même documentaire avait fait l’objet du même traitement à Brétignolles-sur-Mer, en Vendée, sept mois plus tôt.

L’autorité française compétente a déjà qualifié ce comportement. 

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI, service français de renseignement intérieur placé sous l’autorité du ministère de l’Intérieur) définit la répression transnationale comme une action menée par un État à l’étranger pour identifier, localiser, surveiller, intimider, censurer, rapatrier ou tuer des opposants politiques ; elle la considère comme une forme d’ingérence étrangère et l’inscrit parmi les priorités du service. L’incident de La Baule semble proche de cette définition. Il pourrait relever de celle-ci. 

Vancouver, Canada, début avril. Alors que Shen Yun Performing Arts se préparait à se produire du 8 au 12 avril au Queen Elizabeth Theatre, un théâtre appartenant à la ville, des responsables consulaires chinois ont demandé et obtenu une réunion avec un membre du personnel de Vancouver Civic Theatres. Global News a rapporté le 4 mai que, selon des sources, le consulat souhaitait faire annuler les représentations. Le bureau du maire Ken Sim a confirmé que la réunion avait bien eu lieu et que Shen Yun avait été évoqué, précisant que le consul et le vice-consul y avaient assisté. Il a nié qu’une quelconque pression ait été exercée. 

Le désaccord sur la qualification des faits ne doit pas occulter ce qui ne fait pas débat : un consulat étranger a sollicité une réunion privée avec un agent municipal au sujet d’un événement culturel spécifique autorisé et l’a obtenue.

Kennedy Stewart, ancien maire de Vancouver et aujourd’hui membre de la School of Public Policy (École de politiques publiques) de l’Université Simon Fraser, a identifié l’élément déterminant. Le problème ne résidait pas dans le lobbying auprès des responsables politiques, mais auprès de fonctionnaires au sein de l’administration — « en contournant les responsables politiques, en contournant les voies politiques ». Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) définit la répression transnationale comme tout effort entrepris par un État étranger, directement ou indirectement, pour intimider, influencer et/ou exercer des représailles contre des personnes ou des groupes vivant au-delà de ses frontières. Sa liste des tactiques de répression transnationale comprend l’ostracisme communautaire : rejet par des associations communautaires, étiquetage de personnes comme extrémistes ou traîtres et perte d’accès aux événements sociaux. Dans son rapport public de 2025, le SCRS a de nouveau cité la RPC parmi les principaux auteurs de ces actes. 

Il existe également à Vancouver une convergence que les analystes ne devraient pas négliger. La même semaine que la réunion avec le consulat, le 2 avril, le théâtre a reçu par courriel une menace à la bombe exigeant l’annulation de toutes les futures représentations de Shen Yun. La police a estimé qu’il s’agissait d’un canular. Des agents de la police de Vancouver spécialisés dans la cybercriminalité ont retracé l’origine du compte utilisé pour envoyer le message jusqu’à un numéro de téléphone enregistré en Chine. Aucun élément de preuve rendu public ne relie ce courriel à une quelconque mission chinoise, et il ne faut pas l’affirmer. Mais les deux canaux ont abouti au même lieu, au cours de la même semaine, avec une seule et même demande. 

Campagne du régime communiste chinois

Trois interventions, trois pays, une même période — et dans chacune d’elles, l’acteur était une mission accréditée de la République populaire de Chine.

Mettons ces interventions en regard du volet public. Depuis le 1er janvier 2026, le Centre d’information du Falun Dafa (FDIC) a recensé au moins six déclarations officielles de missions diplomatiques chinoises diffamant le Falun Gong et Shen Yun : le consulat général à Sydney, le 2 janvier ; l’ambassade au Royaume-Uni, le 5 janvier ; le consulat général à Melbourne, le 6 janvier ; l’ambassade au Danemark, le 8 janvier ; le consulat général à Marseille, le 24 janvier ; et l’ambassade au Mexique, le 13 mars — le jour même où l’ambassade de Dublin a écrit à Galway. Quatre missions en sept jours dans trois pays, employant un vocabulaire presque identique, ne constituent pas un ensemble de prises de position locales indépendantes. La déclaration mexicaine exhortait le public à éviter les représentations afin de ne pas être induit en erreur. Des déclarations antérieures de la même série provenaient de Lettonie en décembre 2024, des Pays-Bas en janvier 2025, d’Argentine en novembre 2025 et, à plusieurs reprises, du consulat général à New York tout au long de 2025. 

La conclusion qui s’en dégage est directe. Pour la communauté du Falun Gong, le principal vecteur de la répression transnationale n’est pas un réseau clandestin opérant à distance de l’État chinois. C’est l’État communiste chinois lui-même, agissant par l’intermédiaire de ses propres services diplomatiques et consulaires, utilisant les voies officielles, sur du papier à en-tête officiel, dans le cadre normal de sa représentation à l’étranger. 

Conclusion

Cela a trois conséquences pour les lecteurs.

Pour les analystes : les typologies fondées sur des tactiques clandestines et susceptibles d’être niées sous-estimeront systématiquement l’ampleur de cette campagne. L’action diplomatique ouverte constitue actuellement la catégorie d’éléments de preuve dont l’auteur est le mieux établi et qui est la moins documentée dans les dossiers concernant le Falun Gong. C’est également la seule catégorie dans laquelle la conduite de l’État est attestée par des documents émanant de l’État lui-même. 

Pour les spécialistes du droit : l’article 41 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques oblige les diplomates à respecter les lois de l’État de résidence et à ne pas s’immiscer dans ses affaires intérieures. Faire pression sur une autorité municipale pour qu’elle exclue une minorité religieuse autorisée à participer à un défilé public, ou sur un établissement autorisé à accueillir une représentation pour qu’il annule celle-ci, ne relève ni de la protection consulaire ni des relations culturelles. Les États de résidence n’ont jusqu’à présent pas traité ces faits comme relevant de l’article 41. Ils devraient commencer à le faire. 

Pour les législateurs : le dossier de Galway existe parce qu’un journaliste a déposé une demande d’accès aux informations au titre de la loi sur la liberté d’information. La réunion de Vancouver est devenue publique parce qu’une source s’est adressée à des journalistes. L’affaire de La Baule a été révélée parce que les organisateurs l’ont eux-mêmes documentée. Pendant ce temps, une enquête nationale du FDIC menée auprès de 1 080 pratiquants américains, publiée en juin, a recensé 84 personnes réparties dans 18 États ayant signalé 92 cas d’exclusion de défilés, d’événements communautaires et de conférences —le même résultat que celui recherché à Galway par l’ambassade de Chine à Dublin — et qui s’est produit aux États-Unis sans qu’aucune ambassade n’ait eu à écrire. 

Il n’existe nulle part dans cet ensemble de faits de mécanisme de signalement. Une municipalité qui reçoit d’une mission étrangère une demande d’exclusion d’un groupe religieux n’a aucune obligation de la consigner, de la signaler ou de la rendre publique ; elle ne sait généralement même pas qu’elle devrait le faire. Tant que cela ne changera pas, le nombre de ces incidents ne sera pas le reflet de leur fréquence, mais dépendra uniquement de la diligence des journalistes qui prennent l’initiative de s’en enquérir. 

Galway a fait ce qu’il fallait en traitant la demande comme une question ordinaire d’autorisation et en mettant sa réponse par écrit. Cela ne devrait pas dépendre du discernement d’un seul directeur des services.

Pour en savoir plus sur la répression transnationale visant les pratiquants de Falun Gong, consultez fr.faluninfo.net/?s=Répression Transnationale

Article d’origine:
https://faluninfo.net/beijings-diplomats-in-ireland-tried-to-censor-falun-gongs-participation-in-a-local-parade