Au-delà de l’ordinaire

Le Falun Gong et son lien avec la culture chinoise ancestrale.

Le Falun Gong et son lien avec la culture chinoise ancestrale.

C’est une croyance intemporelle, aussi ancienne que la civilisation chinoise elle-même, ayant trouvé écho dans une étonnante diversité de dynasties, de provinces et d’individus. Transmise à des générations entières, elle est fermement ancrée au cœur même de la culture chinoise.

Célébrée sur les hauteurs des Cinq montagnes sacrées, dans les écrits de Wang Wei, poète Tang parmi les plus appréciés, ou à travers l’héritage de Bodhidharma, le fondateur du légendaire monastère de Shaolin.

Elle se perpétue encore aujourd’hui en Chine, et même de manière importante à travers le Falun Gong, dont elle est un élément central. On ne pourrait comprendre le Falun Gong sans elle.

Cette croyance nous révèle qu’un être humain peut, par une discipline spirituelle, transcender cette existence ordinaire.
Un état d’être supérieur est alors envisagé, avec ses propres joies et connaissances privilégiées. Cette métamorphose s’accomplit dans le respect de hautes exigences morales et par la pratique d’exercices méditatifs précis. Celui qui parvient à maîtriser ces arts atteint le Tao, l’Éveil, devient un Immortel.

Dès le IVe siècle avant J.-C., s’esquisse l’idée de la transcendance. 
C’est peut-être Zhuangzi, joyeux philosophe taoïste, qui le premier raconte, dans l’un de ses écrits les plus célèbres: 

« sur la montagne Miao-ku-yi vit un être divin, dont la peau est blanche comme la glace ou la neige, dont la grâce et l’élégance sont celles d’une vierge, nourrie non de pain mais vivant d’air et de rosée, qui chevauche les nuages avec des dragons volants pour monture au-delà des limites des régions mortelles. »

 Le texte semble insister sur le fait que cet état supérieur ne doit pas être considéré comme une fiction ou une fantaisie, mais comme une perspective.

À l’époque de la dynastie Han, quelques siècles plus tard, l’image de l’Immortel s’était déjà affirmée et circulait de plus en plus largement ; on commençait à concevoir, en quelque sorte, que les qualités humaines et célestes n’étaient pas entièrement distinctes, appartenant à des royaumes séparés ; elles existaient plutôt sur un continuum. Plus important encore, il existait des méthodes pour cultiver ces qualités célestes. Des programmes avaient été élaborés.

Voie et accomplissement

Cette entité idéalisée, que nous appellerons « le Transcendant » pour simplifier, a été façonnée – et parfois même marquée – par son corps physique. Autrement dit, tout comme certains traits physiques (par exemple, une santé éclatante ou des reliques lumineuses) ont longtemps été considérés dans la tradition chinoise comme des signes d’une forme d’accomplissement spirituel supérieur, ce sont également des moyens physiques qui ont permis d’atteindre cet état.

Livia Kohn, éminente spécialiste de la religion chinoise, a expliqué que dans la tradition chinoise, « les exercices physiques constituent la première démarche active vers le Tao [ou “la Voie”]. Ils servent à rendre le corps sain, à prolonger sa durée de vie, et à l’ouvrir à la libre circulation du Tao. » Ainsi, depuis des siècles, les taoïstes chinois ont fait du corps « la base, la racine, le fondement du processus de cultivation ; [un moyen de] s’ancrer dans la physicalité et de transformer la nature même de l’existence corporelle dans le cadre de l’entreprise divine.

Autrement dit, l’idée d’un lien entre l’esprit et le corps n’a rien de nouveau dans le contexte chinois. Des chercheurs tels que Russel Kirkland ont d’ailleurs qualifié avec justesse cette approche de la transformation de soi de « cultivation du corps et de l’esprit ».

Dans cette perspective, une riche variété de disciplines physico-spirituelles s’est développée au fil des siècles en Chine. En général, ces pratiques incluent la respiration contrôlée, des régimes alimentaires spécifiques et le jeûne, la visualisation, l’usage de substances médicinales, ainsi que des exercices corporels proches de la gymnastique (que beaucoup appellent « yoga chinois »). Tout programme intégrant ces éléments est censé réajuster, en quelque sorte, le paysage invisible du corps. Car dans cette vision du monde, le corps est perçu comme un assemblage de forces vitales et d’essences, dont le déséquilibre ou la mauvaise circulation engendre la maladie.

Dans leur forme la plus simple, des pratiques appropriées de respiration et de diététique pourraient ainsi harmoniser le mouvement des énergies subtiles du corps, assurant une bonne santé. Ces disciplines ont également trouvé naturellement leur place dans d’autres domaines, tels que les arts martiaux, le tir à l’arc, voire la calligraphie ou la peinture de paysages.

Mais appliquées de manière plus ciblée, et poursuivant des fins plus élevées, ces pratiques constituaient précisément la matière première de la réalisation de soi et de la transformation par la cultivation du corps et de l’esprit.

Ces efforts sont généralement désignés par les chercheurs sous le nom de « cultivation de soi », ou plus simplement « cultivation ». Dans leur expression la plus complète, ils allient souvent discipline corporelle et rectitude morale des plus rigoureuses. Kohn écrit : « La cultivation implique l’action et l’élan, le progrès et l’élévation. Une fois entamée, elle devient un processus continu, un mouvement perpétuel de transformation. Elle exige de remettre en question les présupposés fondamentaux sur soi et sur le monde, de devenir une nouvelle personne à chaque étape, et de ne jamais se sentir pleinement satisfait, achevé ou arrivé au terme. L’idéal divin plane toujours au-dessus… »

De telles approches, enracinées dans le corps comme lieu central de l’expérience, peuvent être mises en contraste avec les traditions plus « dévotionnelles » qui nous sont familières en Occident. Là, le corps — avec ses élans charnels et ses frivolités — est davantage perçu comme un fardeau que comme un atout. Il se dresse entre l’individu et la réalisation spirituelle, au lieu d’en être le levain.

Cela ne signifie pas, bien sûr, que l’esprit ou l’âme n’étaient pas essentiels dans le travail de cultivation de soi entrepris par l’aspirant chinois. En réalité, la coupure avec les désirs, le détachement des attachements, des impuretés et autres encombrements spirituels a de tout temps constitué un aspect fondamental du processus ; la capacité à maîtriser ses pensées et ses désirs en est un fondement essentiel. La maîtrise morale de soi est en effet souvent centrale. Ici aussi, la pureté est proche de la divinité.

Mais pour le taoïste — et pour bien d’autres —, corps et esprit allaient souvent de pair. Comme l’écrivit un célèbre médecin du VIIe siècle, Sun Simiao : « Si tu souhaites apaiser l’esprit, commence par raffiner l’énergie primordiale. Lorsque cette énergie demeure dans le corps, l’esprit est calme et l’énergie est comme un océan. Et lorsque l’océan d’énergie déborde de plénitude, l’esprit est apaisé et l’âme stable. »

Dans l’isolement des montagnes

Avec tout le respect dû à Denise Austin, il ne s’agissait certainement pas ici de ces séances de yoga légères pour raffermir les fessiers “yoga fessier”. Le niveau de discipline et d’engagement exigé par ces pratiques, lorsqu’elles étaient orientées vers des objectifs spirituels élevés, était si extrême qu’il excluait pratiquement tout le monde, à l’exception d’une élite privilégiée dans la Chine traditionnelle. Les exigences en matière de temps, de ressources, et—peut-être surtout—de force de volonté, suffiraient à faire frissonner même les athlètes les plus endurcis d’aujourd’hui.

 Réfléchissez à la manière dont certains aspirants d’autrefois donnaient un tout nouveau sens à l’expression « réussir ou mourir ». La personne grimpait jusqu’à une grotte suspendue dans une falaise à l’aide d’une corde, pour ensuite couper la corde elle-même, résolue à atteindre l’illumination ou à périr—lentement, et certainement de faim—en essayant. D’autres prenaient des potions alchimiques souvent toxiques, en connaissance des risques. Pourtant, ce n’étaient pas là des âmes en fuite, mais des êtres profondément engagés, résolus à faire face à ce qu’ils percevaient comme l’urgence première : la condition humaine. Pour eux, la mortalité n’était pas une fatalité, mais un mystère à percer, un défi à relever.

L’image d’un taoïsme insouciant et d’un bouddhisme « doux et réconfortant », populaire en Occident, masque cette réalité. Selon Kirkland, cela tient à une série de malentendus. Le taoïsme et d’autres arts spirituels orientaux ont été, affirme-t-il, « profondément mal compris » et « faussement imaginés » en Occident. Des individus narcissiques, mus par des intérêts commerciaux, ont déformé ces pratiques en les présentant comme des invitations à simplement « suivre le courant » ou « être spontanément soi-même ». De fait, les livres prétendant traiter du taoïsme ou du zen ressemblent souvent à s’y méprendre à des volumes de “Bouillon de poule pour l’âme” (C’est une célèbre série de livres de développement personnel lancée dans les années 1990 par Jack Canfield et Mark Victor Hansen. Chaque livre est une compilation de petites histoires inspirantes, souvent sentimentales, visant à réconforter, émouvoir ou motiver le lecteur).  Le résultat, selon Kirkland, est une littérature croissante sur le taoïsme et ses apparentés, qui ne serait guère plus que du « vide insipide ».

« Dans le taoïsme, la réalisation du but spirituel n’a jamais été quelque chose qui arrive “spontanément” », affirme Kirkland, « mais plutôt le fruit d’un processus personnel exigeant, qui requiert du travail, un engagement profond, et le renoncement à l’égocentrisme. »

Le but de telles pratiques, selon lui, était « d’atteindre un état d’existence élevé grâce à une cultivation assidue des réalités profondes du monde » — et non pas, donc, de simplement soulager son stress, mieux dormir ou obtenir des abdominaux dessinés, bien que de tels effets puissent en découler.

« De tels accomplissements reposaient généralement sur un processus de purification personnelle et sur une conscience accrue du réel — autrement dit, un cheminement de croissance morale, spirituelle et cognitive. »

Un autre chercheur, Akira Akahori, partage cette analyse, tant sur les moyens que sur les fruits de la pratique. Il écrit que, traditionnellement, « on ne peut devenir immortel qu’en se consacrant entièrement à la voie, en renonçant totalement au monde ordinaire, et en ne craignant même pas la mort. »

Cela impliquait souvent, dans la pratique, des heures quotidiennes d’exercice soutenu. Certains adeptes consacraient plus d’une douzaine d’heures par jour à des gymnastiques et méditations, en plus de l’étude des écritures et de la consommation d’aliments et remèdes préparés avec grand soin. Un tel programme, concrètement, ne pouvait être poursuivi que dans un cadre monastique ou dans l’isolement d’un ermitage de montagne ou d’une grotte. Un seul dérèglement au mauvais moment pouvait suffire à tout compromettre.

Quelle était alors la promesse ? « Une liberté totale du corps et de l’esprit est la récompense ultime : une immortalité égale à celle du ciel et de la terre », selon Akira.

Dans les parcs

Dans la Chine des années 1980, peu après la mort de Mao, tout cela céda la place — plus ou moins — à une nouvelle incarnation de la quête classique. Il s’agissait désormais d’une version moderne de l’immortalité, dotée de tous les attributs du progrès : validation scientifique, approbation de l’État, et accessibilité au plus grand nombre. C’était presque l’inverse complet de la poursuite religieuse, élitiste et secrète de l’immortalité d’autrefois. Ici, la frénésie autour du qigong se voulait pleinement publique, séculière, et terre-à-terre.

Qigong (littéralement, « travail de l’énergie qi ») fut le terme forgé pour désigner cette nouvelle forme de cultivation du corps et de l’esprit. Inventé en 1951, le mot lui-même marquait déjà une rupture : l’accent était désormais mis sur le qi, une forme d’énergie quasi-matérielle, et sur les bienfaits pour la santé qu’il était censé apporter. Quant aux anciens idéaux spirituels immatériels, ils apparaissaient comme embarrassants — voire gênants — et furent largement relégués au rang de « superstitions ».

Selon les mots du chercheur japonais Kunio Miura, à cette époque, « le pratiquant moyen de qigong ne reliait en rien ses techniques à une visée spirituelle. C’était bon pour la santé, donc bénéfique pour la famille et la patrie, plaisant à pratiquer, et une façon informelle de rencontrer du monde. Un nouveau sport de masse — voilà à quoi cela semblait se résumer. »
On pourrait dire : du “yoga fessier” à la chinoise.

Ce qu’il est important de noter ici, c’est que cette domestication d’une quête autrefois rude, exigeante et quasi chevaleresque permit, pour la première fois, au grand public d’en goûter les fruits — même si ce n’étaient pas les plus élevés. Autrement dit, les bienfaits agréables des gymnastiques chinoises et disciplines apparentées devinrent étonnamment accessibles.

Dès l’aube, à la fin des années 1980, chaque recoin des parcs chinois se remplissait d’adeptes de qigong et de tai-chi. On recensait plus de 2 000 formes de qigong en pratique, avec plus de 200 millions de participants quotidiens.
Durant cette période, des « Maîtres de qigong » — comme on les appelait — surgirent en nombre, offrant au public ce qui relevait jadis de transmissions privées et secrètes. En langue chinoise, on disait d’eux qu’ils « descendaient de la montagne ».
Pour beaucoup, leurs exploits prodigieux — de force, de guérison ou de pouvoirs extraordinaires — les faisaient passer pour de véritables transcendants.

Quoi qu’il en soit, le qigong, en apportant la santé, ouvrait une fenêtre sur quelque chose de plus grand : en modifiant le cours d’une maladie, on pouvait modifier le cours du destin.

Apparition du Falun Gong

C’est dans ce contexte — d’une quête de transcendance ancienne et actuelle — que vient s’inscrire le Falun Gong. À vrai dire, peu d’analyses l’ont envisagé sous cet angle, ce qui surprend, au regard du corpus grandissant de recherches consacrées au Falun Gong et au qigong. Jusqu’ici, les regards portés sur le Falun Gong se sont concentrés principalement sur ses dimensions sociales ; et lorsqu’ils ont adopté une perspective historique, ils se sont attachés à l’étudier en tant que mouvement collectif, laissant souvent de côté la dimension intérieure et individuelle de la pratique.

Mais pour les nombreux pratiquants de Falun Gong à qui j’ai parlé à Pékin, à Taïwan et en Amérique du Nord, la pratique est avant tout une affaire profondément personnelle, et seulement en second lieu — si tant est qu’elle le soit — une affaire sociale. Ce n’était pas simplement un « bon moyen de rencontrer du monde » ou un « sport » bénéfique pour la santé, comme l’était devenu le qigong post-Mao pour les masses chinoises. C’était plutôt un mouvement vers l’intérieur, un approfondissement vers l’infini ; une « cultivation intérieure », comme beaucoup l’appellent. Pour nombre d’entre eux, la pratique leur a ouvert un monde intérieur — celui de leur propre esprit. C’était un avant-goût de quelque chose de plus grand, voire de divin.

Dans le Falun Gong, nombreux sont ceux qui ont vu renaître l’éclat d’un idéal transcendant longtemps assoupi. En conjuguant corps et esprit au sein d’un rigoureux chemin d’auto-cultivation d’inspiration bouddhiste, cette quête de perfection semble faire écho à un autre âge. Un moine chinois du VIᵉ siècle s’y serait reconnu sans effort, comme chez lui, tant la pratique puise à des sources anciennes, profondes, intemporelles.

Pour la majorité des pratiquants, ce sont indéniablement les bienfaits sur la santé qui ont servi de porte d’entrée ; beaucoup se sont tournés vers la pratique pour soulager douleurs et affections. Très tôt, le bouche-à-oreille s’est répandu : le Falun Gong était d’une efficacité hors du commun. Et dans l’univers du qigong, plus que tout, c’est précisément cette efficacité qui en était venue à déterminer la pérennité ou l’oubli d’une méthode. Même l’État chinois s’en était mêlé : le People’s Public Security News, publication émanant du ministère de la Sécurité publique, loua le fondateur du Falun Gong pour avoir prodigué des soins de qigong à des pompiers devenus invalides. Le journal rapporta qu’« après ces traitements, ils furent unanimes à constater des améliorations spectaculaires ».

Ce qui distingue fondamentalement le Falun Gong, toutefois, c’est que la santé n’y est pas une fin en soi — comme c’est le cas dans la plupart, sinon la totalité, des autres formes de qigong — mais plutôt un effet secondaire sur la voie d’une cultivation de l’esprit et du corps. Dans le qigong contemporain chinois, la guérison s’est largement sécularisée, réduite à une mécanique de circulation du qi.

Le Falun Gong, en revanche, porte un message profondément moral — comme l’a souligné l’historien des religions chinoises David Ownby, qui a largement écrit sur le sujet. Ici, la santé de l’individu est tenue pour le miroir de son état moral, tout comme la maladie peut en révéler les failles. Les dettes issues de mauvaises actions, ce que l’on appelle « karma » dans le vocabulaire chinois, se manifestent par la souffrance ou l’infortune. À l’instar des premières communautés taoïstes, la santé physique devient en fin de compte le reflet d’un état moral et spirituel global.

Les effets bénéfiques du Falun Gong sur le corps se sont, selon de nombreux témoignages, mués en une sorte d’épiphanie spirituelle : la révélation qu’il existe quelque chose de plus vaste, un au-delà. Au-delà du qi et des réseaux subtils qui irriguent le corps, s’ouvrent des réalités bien plus vastes et profondes. Les lois du cosmos, dans cette perspective, sont aussi concrètes que la chair et le sang — elles peuvent être explorées avec la rigueur d’une science, et surtout, vécues intérieurement, honorées comme des principes vivants à incarner. La promesse est immense, à la mesure des sagesses d’autrefois : une transformation en profondeur de l’être, corps et esprit unifiés — voire un véritable éveil, une illumination. Le Falun Gong, en renouant avec cette aspiration ancestrale, ne propose rien de moins qu’un chemin de retour vers l’harmonie avec l’univers lui-même.

Avec le Falun Gong, pourtant, cette promesse s’adresse à tous. L’enseignement s’est toujours voulu accessible, immédiat, ouvert à quiconque souhaite sincèrement s’engager dans un travail intérieur. Nul besoin d’âge requis, de condition physique particulière ou de frais d’inscription : les textes sont offerts librement en ligne, sans condition, comme pour rappeler que la voie de l’éveil appartient à chacun.

David Ownby, historien des religions chinoises, observe que, lorsqu’on dialogue avec les pratiquants du Falun Gong, ils reviennent sans cesse à cette idée fondamentale : être bon. Pour eux, l’univers tout entier est porteur de bonté… Ce qu’ils me confient, c’est la profonde joie qu’ils éprouvent à se consacrer pleinement à cette quête de la vertu.

Je crois que cela révèle ce que l’on pourrait appeler les joies de la discipline intérieure. Dans cette quête de maîtrise de soi, si bien racontée par les aspirants religieux chinois, il n’y a pas que souffrance et épreuve. Tenir assis, en posture de lotus complet, durant une heure, est un exploit physique, exigeant une certaine maîtrise que les pratiquants du Falun Gong accomplissent chaque jour. De même, la retenue de soi, la maîtrise de ces pensées et désirs indomptés, souvent ignorés, est au cœur de la pratique. Si l’on se fie à Sun Simiao et à d’autres maîtres, une telle maîtrise donne accès à un « océan d’énergie débordante ». Ayant moi-même expérimenté ces arts, je peux confirmer la vérité de cette affirmation. Le calme intérieur, comme le contrôle de soi, s’apparente à une joie subtile, qu’on porte comme un sourire discret, jamais tout à fait exprimé.

Pour beaucoup, donc, « pratiquer » le Falun Gong équivaut à un processus d’élévation positive, une assimilation progressive aux lois supérieures de la nature et du cosmos — résumées sous les termes de « vérité », « compassion » et « tolérance ». C’est une purification à la fois du corps et de l’âme. C’est aussi dans cette lumière que prennent sens tant d’activités du groupe face à la répression étatique : une réponse disciplinée, empreinte de patience, d’optimisme et d’une ténacité obstinée. Ces individus puisent quotidiennement dans d’autres sphères. Selon leur propre témoignage, ils sentent le cosmos tout entier circuler dans leurs veines. Leur enracinement est d’un autre ordre, une stabilité peu susceptible d’être ébranlée par les caprices du temps.

Il s’agit donc d’une sensibilité, d’une orientation qui traverse et sous-tend largement la culture chinoise.
Et si l’on se fie à l’Histoire, elle est là pour durer. Certaines croyances sont transcendantes.

Matthew Kutolowski est doctorant à l’université de Columbia où il étudie la religion et la culture chinoises.

Article d’origine:
https://faluninfo.net/transcending-the-mundane