Allemagne : Un procès révélateur de l’espionnage chinois contre les pratiquants de Falun Gong en Europe

Jian Guo, au tribunal de Dresde , accusé d'espionnage au profit de la Chine. - Filip Singer - Pool/Getty Images

Jian Guo, au tribunal de Dresde , accusé d'espionnage au profit de la Chine. - Filip Singer - Pool/Getty Images

Le procès de Jian Guo, assistant parlementaire infiltré depuis plus de vingt ans au service de Pékin, s’est ouvert en août 2025 devant la cour de Dresde. Accusé d’avoir transmis plus de 500 documents confidentiels européens et d’avoir surveillé systématiquement les dissidents chinois en Allemagne, cette affaire révèle l’ampleur de la répression transnationale orchestrée par le régime chinois contre les pratiquants de Falun Gong et les opposants en exil.

L’affaire Jian Guo dévoile l’ampleur de la surveillance du régime chinois au cœur des institutions européennes

Le procès de Jian Guo, qui s’est ouvert en août 2025 devant la cour de Dresde, met en lumière une facette préoccupante de l’infiltration chinoise au sein des institutions européennes. Cet assistant parlementaire de l’eurodéputé allemand Maximilian Krah (Alternative pour l’Allemagne – AfD) est accusé d’avoir mené pendant plus de deux décennies une vaste opération d’espionnage pour le compte des services secrets chinois, ciblant notamment les pratiquants de Falun Gong à travers l’Europe.

Un espion de longue date au cœur du Parlement européen

Selon l’acte d’accusation établi par le parquet fédéral allemand, Jian Guo, citoyen allemand d’origine chinoise, aurait été recruté par les services de renseignement chinois dès 2002. Employé comme assistant parlementaire de Maximilian Krah depuis 2019 au Parlement européen de Bruxelles, il occupait une position stratégique lui permettant d’accéder à des informations particulièrement sensibles.

Les autorités allemandes lui reprochent d’avoir transmis plus de 500 documents confidentiels aux services chinois, dont certains classés comme « particulièrement sensibles » par les instances européennes. Cette infiltration au plus haut niveau des institutions européennes révèle la sophistication des opérations d’espionnage chinoises en Occident.

La surveillance systématique des pratiquants de Falun Gong

L’un des aspects les plus troublants de cette affaire concerne la surveillance orchestrée par Jian Guo contre les opposants et dissidents chinois en Allemagne, en particulier les pratiquants de Falun Gong. Selon les éléments de l’enquête, l’accusé aurait constitué d’importantes bases de données sur ces communautés dans le cadre de ce que les experts qualifient de répression transnationale.

Cette surveillance s’inscrit dans la continuité de la campagne de persécution lancée par le Parti communiste chinois en 1999 contre le Falun Gong, mouvement spirituel pratiqué par 70 à 100 millions de personnes avant d’être persécuté en Chine. Comme l’ont documenté de nombreuses organisations de défense des droits humains, cette répression s’est étendue bien au-delà des frontières chinoises.

La communauté Falun Gong témoigne

L’ampleur de cette surveillance ne surprend pas les responsables de la communauté Falun Gong en Europe. Dans un récent reportage de NTD Television, le président de l’Association Falun Gong France, Falun Dafa, a exprimé ses préoccupations concernant cette affaire d’espionnage, confirmant ce que vivent au quotidien les pratiquants européens face à la répression transnationale orchestrée par Pékin.

Cette prise de parole éclaire d’un jour nouveau l’affaire Jian Guo : au-delà de l’espionnage institutionnel, c’est bien toute une communauté qui se trouve sous surveillance constante, transformant l’Europe en terrain d’opération pour la répression chinoise contre un mouvement spirituel pacifique.

Un modus operandi révélateur

Les méthodes employées par Jian Guo illustrent la stratégie chinoise d’infiltration à long terme. Paradoxalement, l’accusé avait même tenté de proposer ses services aux renseignements allemands il y a plus d’une décennie, proposition qui avait été refusée. Cette démarche peut s’interpréter comme une tentative de se construire une couverture ou d’identifier les intérêts du contre-espionnage allemand.

L’espion présumé ne s’est pas contenté de collecter des informations sur les institutions européennes. Il aurait également espionné l’AfD en interne, transmettant aux services chinois des détails sur les conversations confidentielles avec Maximilian Krah concernant la vie privée de dirigeants du parti, notamment Alice Weidel et Tino Chrupalla.

Des implications géopolitiques majeures

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions croissantes entre l’Occident et la Chine concernant l’espionnage et l’ingérence étrangère. L’arrestation de Jian Guo en avril 2024 coïncidait avec celle de trois autres ressortissants accusés d’espionnage pour la Chine, témoignant de l’ampleur des réseaux d’espionnage chinois en Europe.

Nancy Faeser, ministre allemande de l’Intérieur, a qualifié cette arrestation d’« extrêmement grave », soulignant qu’il s’agirait d’« une attaque contre la démocratie européenne » si les accusations se confirmaient. Cette position reflète la prise de conscience croissante en Europe des tentatives chinoises de miner les institutions démocratiques.

Un procès aux enjeux multiples

Le procès, qui se déroule sur treize audiences jusqu’à fin septembre 2025, revêt plusieurs dimensions critiques. Au-delà de l’aspect judiciaire, il met en lumière :

  • L’efficacité des méthodes d’infiltration chinoises dans les institutions occidentales
  • La vulnérabilité des partis politiques européens face à l’espionnage étranger
  • La persistance de la répression chinoise contre les communautés d’exilés et de dissidents

La stratégie de riposte du régime chinois

La réaction de Pékin face aux accusations révèle une stratégie rhétorique bien rodée, caractéristique de la diplomatie chinoise confrontée à de telles affaires. Loin de se limiter à un simple déni, les autorités chinoises déploient un arsenal argumentatif sophistiqué visant à retourner la situation.

Premier réflexe : la négation catégorique. Pékin rejette « en bloc » toutes les accusations, selon le schéma habituel de la diplomatie chinoise. Cette négation s’accompagne d’une disqualification de la source, les accusations étant qualifiées de « calomnie » et de « théories du complot ».

Mais la stratégie va plus loin avec un retournement de l’accusation. Les autorités chinoises ne se contentent pas de nier ; elles contre-attaquent en accusant leurs accusateurs de vouloir « détruire l’atmosphère de coopération entre la Chine et l’Europe ». Cette rhétorique transforme la Chine de suspect en victime d’une campagne de déstabilisation orchestrée par l’Occident.

Cette méthode vise à délégitimer par avance toute future accusation similaire en les inscrivant dans un prétendu schéma de “sinophobie” occidentale. Une stratégie qui rappelle les méthodes employées pour nier systématiquement les crimes commis contre les Falun Gong depuis 1999, malgré les témoignages et preuves documentaires accumulés par les organisations internationales de défense des droits humains.

Un signal d’alarme pour l’Europe

L’affaire Jian Guo constitue un révélateur de l’ampleur de la pénétration chinoise en Europe. Cette affaire met en évidence ce que les experts en sécurité qualifient de « dimension abyssale de l’action des services secrets chinois sur le territoire européen ». L’objectif de Pékin semble être de déstabiliser les démocraties occidentales et de saper leur cohésion, notamment le lien transatlantique.

La sophistication de cette opération d’infiltration – un agent dormant actif pendant plus de vingt ans au cœur des institutions européennes – témoigne d’une stratégie de long terme particulièrement inquiétante. Elle confirme les avertissements répétés des services de renseignement occidentaux concernant l’intensification des activités d’espionnage chinoises en Europe.

Ce procès intervient également alors que le Parlement européen a adopté en janvier 2024 une résolution sur « la persécution persistante du Falun Gong en Chine », appelant à une enquête internationale et au suivi des procès de pratiquants emprisonnés.

Vers un renforcement des mesures de sécurité

Cette affaire pourrait catalyser une réforme en profondeur des mesures de sécurité au sein des institutions européennes. Des eurodéputés de différents bords politiques réclament déjà des pouvoirs d’enquête et de sanction renforcés pour lutter contre l’ingérence étrangère.

Le procès de Jian Guo s’annonce donc comme un moment charnière dans la prise de conscience européenne face aux défis posés par l’espionnage chinois et la protection des communautés de dissidents sur le sol européen. Son issue pourrait influencer significativement la manière dont l’Europe aborde désormais la question de la sécurité institutionnelle et de la protection des droits humains face aux régimes autoritaires.


Sources principales : Parquet fédéral allemand, Euronews, France Info, Der Spiegel, Parlement européen, Reportage NTD Television (51e minute) – Association Falun Gong France