Le Falun Gong est fortement censuré dans les modèles d’IA sous influence du PCC
Graphique 1 : Le sujet du Falun Gong ne génère aucune réponse en chinois simplifié ou traditionnel, et moins de réponses en anglais que presque tous les autres sujets testés avec le modèle Qwen chinois. (Source : ASPI)
La Chine est déjà le plus grand exportateur mondial de technologies de surveillance intégrant l’intelligence artificielle, et les systèmes d’intelligence artificielle générative qu’elle développe sont peu susceptibles de rester confinés à l’intérieur de ses frontières. Un rapport récent de l’Institut Australien de Politique Stratégique (ASPI), intitulé « L’IA du Parti : comment les nouveaux systèmes d’intelligence artificielle de la Chine redéfinissent les droits de l’homme », fournit de nouvelles preuves empiriques montrant que les grands modèles de langage (GML) développés en Chine sont systématiquement alignés sur les objectifs politiques du Parti communiste chinois (PCC). Parmi les conclusions les plus frappantes du rapport figure le constat que le Falun Gong est l’un des sujets les plus lourdement censurés et politiquement déformés dans les systèmes d’IA chinois.
Les recherches de l’ASPI montrent que, parmi 12 sujets politiquement sensibles testés avec un modèle chinois, le Falun Gong a systématiquement enregistré les taux de réponse les plus faibles, incluant une absence totale de réponse en chinois simplifié et en chinois traditionnel, ainsi qu’un nombre de réponses en anglais inférieur à celui de presque tous les autres sujets examinés. Ces résultats soulignent comment les outils d’IA chinois sont conçus non seulement pour supprimer l’information à l’intérieur du pays, mais aussi pour renforcer les discours du Parti communiste chinois (PCC) dans l’environnement numérique mondial.
Six modèles et douze sujets
Afin d’examiner les biais de censure dans les systèmes d’IA multimodaux, le chapitre 1 du rapport de l’ASPI évalue les réponses (réactions) à des images politiquement sensibles à travers six modèles de premier plan. Quatre de ces modèles sont développés en Chine — DeepSeek VL2, Ernie 4.5VL de Baidu, Qwen3 VL d’Alibaba et GLM 4.5V de Zhipu AI : ils sont testés via des fournisseurs d’inférence basés aux États-Unis et à Singapour, ainsi que de deux modèles occidentaux de pointe, GPT-5 et Gemini 2.5 Pro. Cette approche permet de comparer différents développeurs, architectures et contextes de déploiement.
Les auteurs de ces recherches ont constitué un ensemble de données soigneusement sélectionné comprenant 160 images couvrant 12 sujets sensibles, notamment le Falun Gong, le massacre de la place Tian’anmen, l’indépendance du Tibet et le génocide des Ouïghours. Le taux de réponse — c’est-à-dire la proportion de requêtes ayant suscité une réponse effective — a servi d’indicateur quantitatif central pour identifier les comportements de censure.
Comme le souligne l’auteur principal du chapitre, l’analyse a révélé que les modèles chinois « refusent de répondre, effacent ou déforment des éléments clés, ou insèrent discrètement un cadrage aligné sur les positions de l’État. Et la censure s’accentue lorsque la même image est soumise au modèle en chinois plutôt qu’en anglais. »
Falun Gong : taux de réponse le plus faible
L’ASPI identifie le refus catégorique de répondre comme la forme la plus directe de censure. Cela peut se produire soit au niveau de l’interface de programmation (API), lorsqu’un système renvoie une erreur et ne produit aucune sortie, soit au niveau de la réponse, lorsque le modèle refuse explicitement de répondre.
Alors que les modèles occidentaux de pointe et certains modèles chinois (notamment Ernie et DeepSeek) ont conservé des taux de réponse relativement élevés dans toutes les langues, le modèle Qwen d’Alibaba — lorsqu’il est utilisé via Alibaba Cloud International — a répondu à moins de 30 % des requêtes comportant des images politiquement sensibles. Le Falun Gong figure parmi les sujets ayant les taux de réponse les plus faibles, aux côtés du massacre de la place Tiananmen, de l’indépendance du Tibet et du génocide des Ouïghours.
Il est à noter que le Falun Gong n’a généré aucune réponse en chinois simplifié ou traditionnel, et a produit moins de réponses en anglais que presque tous les autres sujets examinés. Ce schéma suggère qu’il ne s’agit pas d’un simple choix de modération ponctuel, mais d’une suppression systématique, spécifique au sujet, intégrée dans la conception et le déploiement du modèle. (Voir graphique 1)
Cadrage conforme au PCC et distorsion des mots-clés
Au-delà des refus catégoriques de répondre, l’ASPI souligne des formes plus subtiles de censure, telles que l’omission sélective et la distorsion du récit. Le rapport réalise une analyse détaillée de la fréquence des mots-clés afin d’évaluer à la fois les mots-clés liés au contenu (comme les références aux violations des droits de l’homme) et les mots-clés de cadrage, qui signalent une modération ou un positionnement idéologique.
Alors que les modèles occidentaux avaient plus tendance à faire référence à la persécution et aux questions de droits de l’homme, les modèles développés en Chine — en particulier Qwen et Ernie — avaient une propension beaucoup plus marquée à utiliser un langage délégitimant, employant fréquemment des termes inexacts et déshumanisants tels que « secte » ou en mentionnant la « propagande » lorsqu’ils répondaient à des requêtes liées au Falun Gong. Cette divergence indique que les systèmes d’IA chinois ne sont pas des outils d’information neutres, mais qu’ils encodent et reproduisent les discours politiques du PCC.
Comme le conclut l’ASPI, ces tendances démontrent comment les modèles chinois « reflètent des récits alignés sur l’État qui délégitiment le groupe », même lorsque les réponses semblent informatives en surface. Par exemple, le graphique 2 illustre la fréquence à laquelle les modèles mentionnent des mots-clés spécifiques au sujet lorsqu’ils sont sollicités avec des images liées au Falun Gong.

Contrôle narratif par le langage

Le rapport met en outre en évidence des disparités flagrantes selon la langue. Pour des requêtes visuelles identiques, les modèles ont produit des récits fondamentalement différents selon que le texte d’entrée était en anglais ou en chinois simplifié.
Dans un exemple, le modèle Ernie de Baidu, interrogé en anglais, a fourni une description reconnaissant la persécution du Falun Gong par le gouvernement chinois.
« Lorsqu’il a été sollicité en chinois simplifié, Ernie a plutôt mis en avant la position officielle du gouvernement — à savoir que le groupe représente un risque important pour la sécurité publique ainsi que pour la santé physique et mentale des individus (对社会公共安全和个人身心健康构成极大危害) — et a averti l’utilisateur de « résister consciemment à l’infiltration des sectes » (自觉抵制邪教渗透). »
— « L’IA du Parti : comment les nouveaux systèmes d’intelligence artificielle de la Chine redéfinissent les droits de l’homme »
Ce langage reflète la propagande de longue date du PCC, utilisée pour justifier la persécution continue du Falun Gong (voir photographie ci-dessus).
Conséquences pour les sociétés démocratiques
Les recherches de l’ASPI indiquent que les systèmes d’IA représentent désormais une extension évolutive et automatisée des mêmes mécanismes de contrôle narratif.
Pour les décideurs politiques, les organismes de réglementation et les institutions de sécurité, les implications sont considérables. À mesure que les modèles d’IA chinois sont déployés à l’international — via des services cloud, des applications grand public et des plateformes intégrées — ils risquent d’exporter la censure, la désinformation et la coercition politique dans les écosystèmes d’information des sociétés démocratiques.
Les conclusions de l’ASPI doivent servir d’avertissement aux gouvernements, à la société civile, aux médias et aux entreprises technologiques. Des mesures de protection sont nécessaires de toute urgence pour garantir la transparence, la responsabilité et la protection des droits de l’homme dans le déploiement des systèmes d’IA — en particulier ceux développés dans des contextes autoritaires. Sans de telles mesures, l’IA pourrait devenir un nouveau vecteur puissant de répression mondialisée, la censure du Falun Gong constituant un cas d’étude clair et bien documenté de ce risque.
Article d’origine:
https://faluninfo.net/falun-gong-heavily-censored-in-chinas-state-aligned-ai-models





