La Baule : l’Ambassade de Chine tente de censurer un documentaire, le maire résiste

Le 16 janvier 2026, l’Ambassade de Chine à Paris a multiplié les pressions pour empêcher la projection du documentaire “Organes d’État” au cinéma Gulf Stream de La Baule-Escoublac. Mails, appels téléphoniques, contact avec la mairie : un cas d’ingérence étrangère documenté qui illustre la répression transnationale du Parti communiste chinois sur le territoire français. Face à ces intimidations, le maire Franck Louvrier et la directrice Sonia Molière ont maintenu l’événement sous protection policière.

Les faits : chronologie des pressions

Le 16 janvier au matin, Sonia Molière, directrice du cinéma Gulf Stream, reçoit un e-mail de l’Ambassade de Chine à Paris. L’objet est sans équivoque : “Opposition de l’Ambassade de Chine à la projection du film Organes d’État”. La directrice contacte immédiatement Bruno Merlin, coordinateur de l’événement et membre de l’association Cœur de Jade Blanc, pour l’informer de cette intervention diplomatique inhabituelle.

L’après-midi du même jour, l’escalade se poursuit. L’Ambassade de Chine téléphone directement au cinéma pour réitérer son opposition à la projection. Elle contacte également la Mairie de La Baule pour faire pression sur les autorités locales. Bruno Merlin appelle la directrice du cinéma : “J’attendais votre retour, alors on fait comment ? Je trouve ce mail bizarre”, lui répond Sonia Molière. Le coordinateur lui explique qu’il s’agit d’une intimidation, évoquant un précédent similaire à Brétignolles-sur-Mer en Vendée. “Si vous êtes d’accord de bien garder la projection de ce soir, car il y a eu une grande mobilisation pour nos intervenants et organisation pour la soirée, il n’y aura pas de souci”, propose-t-il. Sans aucune hésitation, la directrice confirme le maintien de la projection.

Le maire Franck Louvrier, également contacté par l’Ambassade, prend la même décision ferme : l’événement aura lieu comme prévu. Face à ces pressions inédites, le commissariat de La Baule est alerté et un dispositif de sécurité est mis en place.

De 20h à 21h30, trois policiers armés et équipés de gilets pare-balles se déploient dans le hall du cinéma Gulf Stream. Leur présence rassure les organisateurs et les spectateurs. La projection se déroule sans incident devant 68 personnes. Bruno Merlin et le Dr Harold King, Directeur Adjoint de DAFOH USA (Doctors Against Forced Organ Harvesting), présentent le documentaire. Be Hai, survivant d’un camp de travail en Chine, témoigne après la projection. Le public, profondément touché, signe massivement la pétition internationale G7+7 contre les prélèvements forcés d’organes.

Sonia Molière résumera plus tard l’absurdité de la situation avec une pointe d’ironie : “Il y a quelques mois, ils avaient organisé une projection de film documentaire sur l’Ukraine et les Russes ne nous avaient pas menacés pour autant.”

Un cas d’école de répression transnationale

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) définit officiellement la répression transnationale comme “l’ensemble des actions répressives mises en œuvre par certains gouvernements pour identifier, localiser, surveiller, intimider, censurer, rapatrier ou attenter à la vie de leurs opposants et rivaux politiques à l’étranger. Ces actions portent atteinte aux droits qui sont garantis par l’État aux personnes résidant en France. Elles constituent une ingérence étrangère et, à ce titre, font l’objet d’un suivi prioritaire de la DGSI.”

Le cas de La Baule correspond exactement à cette définition : une ambassade étrangère tente d’empêcher la diffusion d’informations sur les crimes de son gouvernement sur le territoire français, en exerçant des pressions sur des institutions culturelles et politiques locales.

Le cas n’est pas isolé

À Brétignolles-sur-Mer, le 27 juin 2025, la projection du même documentaire “Organes d’État” avait déjà fait l’objet de menaces similaires. L’article de Faluninfo “Menace en Vendée : intimidation du PCC lors de la projection du documentaire Organes d’État” documente ce précédent. Le cinéma Le Fief avait maintenu la projection malgré les pressions, comme le confirme un article d’Epoch Times : “Ça fait froid dans le dos : le documentaire Organes d’État bouleverse le public vendéen”.

Le mode opératoire se répète : deux projections du même film en France en quelques mois, deux tentatives d’intimidation utilisant des méthodes identiques. Cette récurrence révèle une stratégie systématique.

À l’international, le même schéma se reproduit. En Corée du Sud, le Festival international du film Larkspur de Séoul, événement axé sur les thèmes de la justice et des droits humains, avait choisi “Organes d’État” comme film d’ouverture en mai 2025. Les organisateurs ont dû changer de lieu à trois reprises en raison de “pressions externes”, la dernière fois étant la veille de l’événement qui a duré cinq jours. Malgré ces obstacles, le festival a maintenu la projection.

Le rapport ICIJ “China Targets”

En avril 2025, le Consortium International des Journalistes d’Investigation (ICIJ), en collaboration avec 42 médias partenaires dans 30 pays dont Radio France, Le Monde et le Washington Post, a publié une enquête d’envergure intitulée “China Targets”. Fruit de dix mois d’investigations, ce rapport expose les mécanismes déployés par le régime chinois pour réprimer les dissidents au-delà de ses frontières.

Les chiffres sont édifiants : entre 2014 et 2022, la Chine est responsable de 253 des 854 incidents physiques de répression transnationale recensés dans le monde. Selon Freedom House, la Chine est le pays “le plus actif” en matière de répression transnationale. Les cibles sont multiples : Ouïghours, Tibétains, pratiquants du Falun Gong, militants pro-démocratie de Hong Kong, opposants politiques et journalistes.

L’enquête révèle comment le Parti communiste chinois utilise ses ambassades, ses consulats et des réseaux locaux pour intimider, surveiller et faire taire toute voix critique, où qu’elle se trouve dans le monde.

Les stations de police chinoises en France

La répression transnationale ne se limite pas aux pressions diplomatiques. La DGSI a identifié 9 “stations de police” chinoises disposant de relais en France. Ces structures, non déclarées aux autorités françaises, sont composées “d’agents de liaison” désignés au sein de la communauté chinoise.

Selon une réponse parlementaire publiée au Journal Officiel le 3 juin 2025, ces entités “rendent des services qui s’apparentent en tout point à ceux que des administrations régaliennes offrent, et qui entrent normalement dans le champ de la coopération bilatérale. Elles conduisent également des actions qui échappent par nature à toute coopération : collecte de renseignement”.

Dès 2022, les services du ministère de l’Intérieur ont engagé diverses mesures pour faire fermer ces structures. Les responsables ont été convoqués par la DGSI et sommés de mettre fin à leurs activités.

Le film au cœur de la controverse

Le documentaire “Organes d’État” expose les prélèvements forcés d’organes perpétrés par le gouvernement chinois. L’équipe de production a passé sept ans à rassembler des preuves et à interroger les familles des victimes pour réaliser cette investigation. Le film a été primé dans plusieurs festivals internationaux.

Lors de la projection de La Baule, le public a découvert des témoignages bouleversants de familles dont les proches ont été victimes de cette pratique. Le documentaire présente également des analyses d’experts médicaux et juridiques qui documentent l’ampleur de ce crime contre l’humanité.

Le Dr Harold King, Deputy Director de DAFOH international, a présenté le documentaire et animé la conférence après la projection. DAFOH (Doctors Against Forced Organ Harvesting) est une organisation médicale internationale fondée par des médecins de diverses spécialités du monde entier. Elle a été nominée au Prix Nobel de la Paix 2016 pour ses efforts de sensibilisation sur les prélèvements forcés d’organes en Chine.

Selon cette publication scientifique de PubMed Central, DAFOH “fournit à la communauté médicale et à la société des conclusions objectives sur les prélèvements d’organes non éthiques et illégaux”. L’organisation a notamment présenté en 2013 une pétition de 1,4 million de signatures au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme à Genève.

Be Hai, survivant d’un camp de travail en Chine, a témoigné lors de la soirée bauloise. Son récit a profondément marqué l’assistance, comme en témoigne la mobilisation du public pour signer la pétition G7+7.

Cette pétition internationale, lancée par DAFOH et The International Coalition to End Transplant Abuse in China en juillet 2024, avait recueilli 505 970 signatures de 34 pays au 15 décembre 2025. Elle demande aux gouvernements du G7 (États-Unis, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon et Royaume-Uni) ainsi qu’à l’Argentine, l’Australie, l’Inde, Israël, le Mexique, la Corée du Sud et Taïwan de prendre des mesures contre les prélèvements forcés d’organes pratiqués par le régime chinois sur des prisonniers d’opinion, notamment les pratiquants du Falun Gong, les Ouïghours et d’autres minorités ethniques et religieuses.

Au total, 68 personnes ont assisté à la projection au Gulf Stream. Beaucoup ont pris de la documentation sur le Falun Gong et la persécution en Chine. Des contacts et des liens ont été créés entre les organisateurs et le public baulois, sensibilisé à cette cause méconnue.

La résistance des institutions locales

Franck Louvrier, maire Les Républicains de La Baule-Escoublac depuis 2020, est un homme politique expérimenté. Ancien conseiller en communication de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012, il connaît les rouages de la diplomatie et les enjeux de souveraineté. Sa décision de maintenir la projection malgré les pressions de l’Ambassade de Chine envoie un signal fort : les institutions françaises ne cèdent pas aux intimidations étrangères.

Le maire n’a pas hésité à déployer un dispositif de sécurité adapté à la situation. Trois policiers du commissariat de La Baule, armés et équipés de gilets pare-balles, ont assuré la protection de l’événement. Cette présence témoigne du sérieux avec lequel les autorités locales ont pris les menaces.

Sonia Molière, directrice du cinéma Gulf Stream, a elle aussi refusé de céder. Sa réaction, teintée d’ironie, résume bien l’absurdité de la situation : comparer l’absence de pression russe pour un film sur l’Ukraine avec les multiples interventions chinoises pour un documentaire sur les prélèvements d’organes révèle le niveau d’acharnement du régime de Pékin.

Pour Bruno Merlin, coordinateur de l’événement, cette affaire démontre une fois de plus que “le PCC fait même pression chez nous en France”. C’est précisément ce que l’association Cœur de Jade Blanc et Faluninfo cherchent à documenter : la présence d’agents du Parti communiste chinois opérant sur le territoire français pour faire taire toute critique du régime.

La soirée du 16 janvier à La Baule a été “une vraie réussite” et “une merveilleuse expérience très enrichissante”, selon les organisateurs. Elle a permis de “clarifier” auprès des Baulois et de la municipalité “que le Parti communiste chinois fait même pression chez nous en France”.

Les remerciements de l’association Cœur de Jade Blanc s’adressent particulièrement au maire Franck Louvrier et à Sonia Molière pour “leur droiture et soutiens”, qui ont permis de réaliser cet événement malgré les obstacles.

Enjeux : quand la souveraineté est testée

L’affaire de La Baule soulève une question fondamentale pour les élus et les citoyens français : des agents du Parti communiste chinois opèrent-ils librement sur notre territoire pour faire taire toute critique de la Chine ?

La réponse est documentée : oui. Les pressions diplomatiques, les tentatives de censure culturelle, les stations de police clandestines et les opérations de surveillance identifiées par la DGSI constituent autant de preuves d’une ingérence étrangère systématique.

Selon Vision Times, la répression transnationale chinoise vise particulièrement “les pratiquants de Falun Gong, les Ouïghours, les Tibétains, les chrétiens des églises de maison et d’autres personnes persécutées”. L’article “Répression transnationale chinoise : le cas du Falun Gong” explique que “le régime chinois utilise ses ambassades, consulats et réseaux communautaires pour diffuser une propagande calomnieuse sur le Falun Gong, notamment lors d’événements culturels. Des pressions sont exercées sur les médias à l’étranger pour qu’ils censurent toute mention positive sur le Falun Gong et publient des contenus accusatoires. Le PCC n’hésite pas à s’ingérer dans les affaires intérieures des pays hôtes, par des pressions diplomatiques visant à interdire des stands, défilés ou films liés au Falun Gong.”

Le cas de La Baule illustre parfaitement cette analyse. Une ambassade étrangère contacte directement un cinéma français, puis la mairie d’une ville française, pour tenter d’empêcher la diffusion d’informations. Cette démarche constitue une atteinte directe à la souveraineté nationale et à la liberté d’expression.

Les élus locaux, souvent en première ligne face à ces ingérences, jouent un rôle crucial dans la défense de la souveraineté. En refusant les pressions, en maintenant les événements culturels et en assurant la protection des citoyens, ils affirment que la France ne tolère pas les tentatives d’intimidation étrangères.

La multiplication des cas documentés – Brétignolles-sur-Mer, La Baule, les stations de police clandestines, les pressions sur les universités – révèle un phénomène systémique qui nécessite une vigilance accrue et une réponse coordonnée des autorités françaises.

Conclusion

L’affaire de La Baule illustre concrètement ce que les services de renseignement français et les organisations internationales documentent : une stratégie systématique d’ingérence du régime chinois pour faire taire toute critique au-delà de ses frontières. La résistance du maire Franck Louvrier et de la directrice Sonia Molière rappelle que la défense de la souveraineté nationale commence localement, par le refus ferme des pressions étrangères.

Deux projections du même film en France, deux tentatives d’intimidation : un mode opératoire qui ne trompe plus personne. Le documentaire “Organes d’État” continue sa tournée mondiale, porté par la détermination de ceux qui refusent que la vérité soit censurée. Comme le souligne Bruno Merlin, cette soirée du 16 janvier a prouvé aux baulois, à leur municipalité et au-delà, que la répression transnationale du PCC s’exerce bel et bien sur le territoire français. À chaque citoyen, à chaque élu, de décider s’il accepte cette situation ou s’il y résiste.