La Russie emprisonne des pratiquants de Falun Gong, intensifiant la persécution à l’étranger soutenue par Pékin

Natalia Minenkova en méditation dans un parc en Russie, juillet 2022. (Edité par Faluninfo)

Natalia Minenkova en méditation dans un parc en Russie, juillet 2022. (Edité par Faluninfo)

Les autorités invoquent des lois sur les « organisations étrangères » et « indésirables » pour poursuivre les méditants.

WASHINGTON D.C. — Dans une grave intensification de la répression au-delà des frontières chinoises, un tribunal de Moscou a condamné hier Natalia Minenkova, pratiquante de Falun Gong, à quatre ans de prison — la peine la plus sévère infligée à ce jour à un pratiquant en Russie.
Cette condamnation fait suite à celle de Zhu Yun, qui a écopé de trois ans de prison en juin 2025, et à celle d’Oksana Shchetkina, condamnée à deux ans en novembre dernier. La sévérité croissante de ces peines intervient alors qu’une autre audience s’est tenue la veille à Krasnodar, impliquant deux autres pratiquants de Falun Gong.

Depuis mars 2024, au total huit pratiquants ont été arrêtés à travers la Russie — un signe alarmant de l’exportation à l’étranger de la campagne du Parti communiste chinois (PCC) contre la religion. Le Département d’État américain ainsi que la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF) ont condamné ces poursuites, appelant la Russie à respecter la liberté de religion et à cesser de s’en prendre aux confessions minoritaires telles que le Falun Gong.

« Les États-Unis condamnent les actions du gouvernement russe visant à réprimer les membres de minorités religieuses, y compris les pratiquants de Falun Gong.
Nous exhortons la Russie à respecter le droit de chacun à exercer la liberté de religion ou de croyance. Toutes les minorités religieuses devraient pouvoir jouir de la liberté de religion et de réunion sans ingérence. »

Porte-parole du Département d’État américain.

La condamnation de Natalia Minenkova et d’autres pratiquants constitue « un nouvel exemple de la répression étendue et totalement infondée menée par la Russie contre des individus qui, en apparence, ne s’alignent pas sur ses objectifs de politique intérieure ou étrangère », selon le vice-président de l’USCIRF, Asif Mahmood. Les États-Unis devraient, selon lui, « utiliser leur voix puissante pour mettre en lumière la répression des groupes religieux en Russie, y compris les pratiquants de Falun Gong ».

L’Association Falun Dafa de Moscou a exercé légalement pendant des années, y compris sous le contrôle régulier du ministère de la Justice, sans qu’aucun problème ne soit signalé. Depuis 2020 cependant, les autorités russes ont commencé à engager des poursuites pénales contre des pratiquants de Falun Gong en s’appuyant sur l’article 284.1 du Code pénal, invoquant une prétendue affiliation à des organisations étrangères jugées « indésirables ». Depuis 2020, ce sont au total sept organisations liées au Falun Dafa ou à la défense des droits humains à l’international qui ont été déclarées illégales par le gouvernement russe, servant ainsi de fondement juridique aux inculpations.

« C’est extrêmement inquiétant et dangereux. La Russie en vient désormais à criminaliser la méditation sous couvert de lois largement considérées comme politiquement motivées et juridiquement infondées », a déclaré Levi Browde, directeur général du Centre d’information Falun Dafa. « Il est indigne de la souveraineté et de la dignité nationale de la Russie de céder à la pression de Pékin pour interdire le Falun Gong et emprisonner ses propres citoyens. L’Histoire ne sera pas clémente envers ceux qui choisissent de collaborer avec le Parti communiste chinois — le régime communiste le plus brutal au monde aujourd’hui. »

Derniers développements en Russie

Le 23 juillet 2025, un tribunal de Moscou a tenu une audience concernant Natalia Minenkova, détenue en garde à vue depuis le 3 mai 2024 pour une supposée affiliation à des organisations de Falun Dafa interdites. Cette audience s’inscrit dans une série de procédures judiciaires, au terme desquelles le tribunal a prononcé une peine de quatre ans de prison — la plus lourde à ce jour. Natalia Minenkova fait partie des huit pratiquants de Falun Gong actuellement poursuivis ou incarcérés en vertu de l’article 284.1 du Code pénal russe, qui interdit toute activité liée aux organisations étrangères dites « indésirables ».

Parmi les autres condamnés figurent Oksana Shchetkina, condamnée à deux ans de prison en novembre 2024, ainsi que Zhu Yun, qui a écopé d’une peine de trois ans en juin 2025. Plusieurs autres, dont Mikhail Sinitsyn, Mikhail Antonenko, Gennady Buslov, Ildar Maksinyaev et Denis Shibankov, ont été détenus ou ont reçu des peines non privatives de liberté au cours de l’année écoulée.

Toutes les affaires reposent sur une base juridique contestable (voir les détails ci-dessous). Le Centre d’information Falun Dafa a retardé la publication des mises à jour les concernant, par souci de confidentialité, de sécurité et de raisons juridiques.

Incohérences juridiques dans les accusations

Ces affaires pénales découlent d’une décision de juillet 2020 du bureau du Procureur général de Russie, qui a déclaré « indésirables » sept organisations internationales, fournissant ainsi le prétexte légal aux poursuites. Ces organisations vont de celles fondées par des pratiquants de Falun Gong, telles que l’Association européenne du Falun Dafa ou l’Organisation mondiale pour enquêter sur la persécution du Falun Gong, jusqu’à des groupes de soutien internationaux et de défense des droits humains, comme Friends of Falun Gong (Les Amis de Falun Gong) et Doctors Against Forced Organ Harvesting (Médecins contre le prélèvement forcé d’organes).

Malgré la gravité des accusations, la base juridique des poursuites russes contre les pratiquants de Falun Gong présente des incohérences et des lacunes procédurales. Ces failles soulèvent de sérieux doutes quant à la légitimité des affaires.

Avant son procès, Natalia Minenkova a souligné plusieurs incohérences dans son dossier par l’intermédiaire de contacts qui ont transmis ses remarques au Centre d’Information Falun Dafa :

« Au départ, j’étais accusée d’être affiliée à sept organisations. Finalement, il n’en restait plus que deux. L’une d’elles a cessé d’exister en 2017. Toutes mes demandes adressées au ministère de la Justice pour savoir pourquoi elles figuraient sur la liste des organisations indésirables sont restées sans réponse. Aucun échange écrit ni appel avec des membres de ces organisations ne figure dans mon dossier. De plus, je ne parle pas anglais. »

L’Association Falun Dafa de Moscou, à laquelle Natalia Minenkova était affiliée, a exercé légalement pendant des années, notamment sous le contrôle régulier du ministère de la Justice, sans qu’aucun problème ne soit constaté. Selon Madame Minenkova, les activités de l’association se concentraient sur la méditation et le bien-être personnel — des pratiques non politiques — et respectaient la législation russe. Elle organisait également des séances de méditation hebdomadaires dans des parcs locaux, lesquelles étaient pacifiques, volontaires, sans troubler l’ordre public ni porter atteinte aux droits d’autrui.

Natalia Minenkova en méditation dans un parc en Russie, juillet 2022.

De telles activités sont protégées par l’article 28 de la Constitution russe, qui garantit la liberté de conscience et de religion, incluant le droit de professer une religion individuellement ou collectivement, ainsi que de pratiquer des rites religieux. De plus, la Convention européenne des droits de l’homme (article 9) — à laquelle la Russie a adhéré jusqu’en 2022 — ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques — auquel la Russie reste partie — protègent également la liberté de pensée, de conscience et de religion. Même selon le droit russe, les rassemblements spirituels pacifiques et les associations non politiques échappent au champ d’application de l’article 284.1, lequel vise en principe les ingérences étrangères réellement nuisibles.

L’absence de preuves établissant un lien entre Natalia Minenkova ou l’association et des conduites nuisibles ou illégales soulève de sérieuses inquiétudes quant à la légitimité des accusations portées. Son cas illustre un risque plus large d’application abusive des lois anti-extrémisme et sur les agents étrangers, au détriment de la liberté religieuse protégée par la Constitution.

Avant cette récente intensification, la répression du Falun Gong en Russie s’est déroulée par vagues : en 2011, le texte spirituel principal du Falun Gong, Zhuan Falun, a été interdit en tant que « extrémiste » en raison de l’utilisation de la svastika bouddhiste (symbole largement employé dans les religions et les arts asiatiques), marquant l’un des premiers actes formels de répression.

En 2017, des expositions artistiques dénonçant la persécution en Chine ont été fermées, officiellement pour préserver les relations diplomatiques.

En 2020, des associations régionales ont été dissoutes et des ouvrages tels que Les Neuf Commentaires sur le Parti communiste ont été interdits.

Ces évolutions dessinent une trajectoire claire : de la censure et de la pression exercée sur la société civile à la criminalisation systématique d’une pratique spirituelle pacifique.

Une tendance transnationale plus large

La répression du Falun Gong ne se limite pas à la Russie. En Serbie, huit personnes — dont le réalisateur Dejan Marković — ont été arrêtées par la police avant la visite d’État de Xi Jinping en mai 2024, sans qu’aucune charge ne soit retenue, puis relâchées peu après le départ du dirigeant chinois. En Malaisie, 76 pratiquants ont été interpellés deux jours seulement avant la visite de Xi Jinping en avril 2025 — la plus grande opération de ce type jamais enregistrée dans le pays.

« Un schéma inquiétant se dessine entre l’influence du PCC et la répression du Falun Gong », a déclaré Levi Browde. « Ces événements soulèvent de graves inquiétudes quant au fait que Moscou et d’autres gouvernements pourraient réprimer des groupes religieux pacifiques dans le but de se rapprocher de Pékin — utilisant la répression comme une forme de monnaie d’échange diplomatique. »

Recommandations politiques

Bien que la Constitution russe garantisse la liberté de conscience, ces évolutions révèlent une volonté croissante de certains gouvernements de sacrifier les libertés civiles sous la pression de puissances étrangères.

« La Russie semble prendre des mesures extrêmes pour s’attirer les faveurs de Pékin », a déclaré Levi Browde. « Moscou a officiellement inscrit sept organisations liées à Falun Gong sur la liste des entités illégales, et les autorités prononcent désormais des peines de prison pour de simples pratiques de méditation — bien au-delà des détentions temporaires observées en Serbie et en Malaisie. Nous exhortons les gouvernements démocratiques et les instances internationales à agir dès maintenant pour enrayer cet effet domino de mauvais traitements et de persécutions religieuses de plus en plus sévères exportés depuis Pékin. »

Pour les décideurs américains :

  • Condamner publiquement les poursuites engagées par la Russie contre les pratiquants de Falun Gong et exiger la libération immédiate de toutes les personnes emprisonnées pour leur pratique religieuse pacifique.
  • Soulever la question de la répression transnationale dans les forums bilatéraux et multilatéraux, en particulier là où la Russie et la Chine coopèrent.
  • Redésigner la Russie comme pays particulièrement préoccupant, en prenant ce cas comme référence.

      Pour les décideurs de l’Union européenne :

      • Coordonner les actions avec les alliés afin de contrer la persécution religieuse croissante liée au PCC au-delà des frontières chinoises.

      À propos du Falun Gong

      Le Falun Gong, également connu sous le nom de Falun Dafa, est une pratique spirituelle pacifique enracinée dans la tradition bouddhiste. Ses pratiquants s’efforcent de vivre selon le principe Authenticité-Bienveillance-Tolérance. Le Falun Gong est librement pratiqué dans plus de 110 pays à travers le monde.

      En Chine, le Parti communiste chinois mène depuis 1999 une campagne brutale visant à éradiquer cette pratique, impliquant des détentions arbitraires massives, des actes de torture et des prélèvements forcés d’organes. Le régime cherche également, de plus en plus, à étendre cette persécution au-delà des frontières chinoises, par des menaces physiques, la censure et d’autres formes de répression transnationale.

      Contact presse : Levi Browde – [email protected]

      Article d’origine:
      https://faluninfo.net/russia-jails-falun-gong-practitioners-escalating-beijing-backed-persecution-abroad/